🌲 Extrait gratuit · Thriller psychologique

Le Levain

Chapitre 1 — Le Crash ·

Bon à savoir — Cet extrait web est présenté avec une mise en page simplifiée pour le confort de lecture à l'écran. Le livre papier offre une typographie soignée, des marges aérées et une mise en page pensée pour une expérience de lecture immersive.
Chapitre 1

Le Crash

Paris, La Défense. Début 2025

La lumière des néons vrillait le crâne d’Élise depuis neuf heures ce matin.

Elle fixait son écran vingt-sept pouces. Une maquette Photoshop. Un pot de yaourt incrusté sur un fond de prairies verdoyantes. Le client exigeait « plus de vert », « plus d’authenticité ». Élise zoomait, dézoomait. Sa main sur la souris était moite.

Soudain, le curseur se figea. Ses doigts refusèrent de s’articuler. Une crampe ? Non. Une paralysie. Une vague de chaleur monta de son estomac, inondant sa poitrine, serrant sa gorge. Le souffle lui manqua. L’air conditionné de l’open space, recyclé en boucle depuis des années, semblait vidé de son oxygène. Autour d’elle, le cliquetis des claviers et les conversations téléphoniques, « Oui, pour le brief d’hier, c’est ASAP », mutèrent en un brouhaha insupportable, une agression physique pure.

Elle se leva brusquement, renversant son gobelet de café froid sur la laque blanche du bureau.

— Élise ? Ça va ? lança sa voisine, une stagiaire aux dents trop blanches.

Élise ne répondit pas. Elle courut vers le couloir, poussa la porte des toilettes, s’enferma dans la cabine du fond.

Elle s’affaissa sur la cuvette, la tête entre les genoux, cherchant de l’air. Son cœur cognait si fort qu’elle le sentait battre dans ses tympans. Je vais mourir. Je vais mourir ici, entre deux brainstormings.

Elle fouilla son sac à main avec des gestes saccadés, en extirpa une plaquette de Xanax. Elle détacha deux comprimés, les avala. L’amertume râpa sa gorge. Elle resta là dix minutes, attendant que la chimie opère, que le voile blanc descende sur son angoisse.

Quand elle ressortit, elle était calme. Éteinte. Elle savait qu’elle ne finirait pas la maquette du yaourt. Elle ne terminerait pas l’année.

Le soir, l’appartement du onzième arrondissement semblait plus exigu que d’habitude. Cinquante mètres carrés loués le prix d’un château en province. Les cloisons étaient si fines qu’on entendait le voisin du dessus marcher, celui d’à côté tousser.

Julien était affalé sur le canapé gris, dans la pénombre. La télé était éteinte. Il portait encore son costume, mais sa cravate pendait, dénouée, comme une corde après usage.

— Tu es là ? demanda Élise en posant ses clés.

Il ne répondit pas immédiatement. Il tenait une lettre. Un papier à en-tête de la banque.

— Julien ?

Il leva vers elle un visage ravagé. Il avait fondu ces derniers mois. Ses yeux étaient cernés de violet, comme s’il avait reçu deux coups de poing.

— C’est fini, Élise.

— De quoi tu parles ?

— Le compte joint. L’épargne. Tout.

Il laissa tomber la correspondance sur la table basse.

— L’investissement dans la Fintech... le plan « sûr » de Marco... c’était une pyramide. Tout s’est cassé la gueule ce matin. Ils sont partis avec la caisse.

Élise sentit le sol se dérober. C’étaient leurs économies pour un apport. Dix ans de bonus, de sacrifices.

— Il nous reste quoi ?

— 7 —
Suite

Fuite vers les bois

—Le compte courant est dans le rouge. Et le loyer tombe demain.

Elle s’assit près de lui. Elle aurait dû hurler, pleurer. Mais le Xanax faisait barrage. Elle ne ressentait qu’une immense lassitude.

— On ne peut plus rester ici, dit Julien d’une voix blanche. Je ne peux plus payer ce loyer. Je ne peux plus prendre ce métro. Je ne peux plus voir la gueule de mon N+1 qui me parle de « synergie » alors que je crève à petit feu.

Il se tourna vers elle. Il pleurait. Des larmes qui sillonnaient ses joues mal rasées.

— On est des hamsters, Élise. On court dans une roue. On court, on paie, on meurt. Je ne veux pas finir comme ça. Je vais faire une connerie si on reste. Je le sens.

Élise vit son poing se crisper sur la lettre de la banque, les phalanges blanchies par une colère qu’il ne savait pas encore nommer. Ce n’était pas de la tristesse. C’était de la honte. Et l’humiliation, elle le savait, était le terreau le plus fertile pour la haine.

Un long silence s’installa. Le bruit de la ville montait par la fenêtre ouverte : les sirènes, les klaxons, le grondement incessant du périphérique. Le chant de la machine qui les broyait.

— Il y a une solution, lâcha-t-il soudain.

Il se leva, fouilla dans sa mallette en cuir et en sortit un dossier froissé.

— Une maison. Dans le Morvan. Une saisie. C’est une ruine, personne n’en veut.

— Julien, on n’a plus un sou. Tu viens de le dire.

— C’est là que c’est dingue. Elle est à vendre pour soixante-quinze mille euros. C’est le prix du terrain, moins les frais de démolition qu’ils estiment nécessaires. J’ai encore mon plan d’épargne entreprise que je peux débloquer en cas de démission. Il y a même un peu plus.

— soixante-quinze mille ? C’est impossible. C’est le prix d’une place de parking.

— C’est pour ça. C’est un signe, Élise. On liquide tout le mobilier. Le canapé italien, le lit king-size, la table en marbre, les montres, les sacs ... tout doit partir. Ça nous fera du cash. On ne garde que l'essentiel, ce qui tient dans le coffre. Il ne nous restera quasiment rien, mais on n'aura plus de crédit. Plus de loyer.

Il lui tendit une photo imprimée sur du papier ordinaire. On y distinguait une bâtisse en pierre, envahie par le lierre, dressée au milieu d’une forêt sinistre. Elle évoquait un manoir hanté, ou une forteresse oubliée. Mais pour Élise, à cet instant précis, elle ressemblait à une bouée de sauvetage.

— C’est isolé, prévint Julien. Il n’y a rien autour. Pas de Uber, pas de sushis, pas de bruit. Juste nous. Et la terre. On pourrait vivre de peu. On pourrait... respirer.

Élise scruta la photo. Puis elle regarda son mari, cet homme qu’elle aimait et qui se noyait sous ses yeux. Elle pensa à son bureau, au pot de yaourt, à la crise de panique dans les toilettes. Elle n’avait plus le choix. Ils n’avaient plus le choix. C’était la fuite ou l’effondrement.

— On la prend, dit-elle.

— Tu es sûre ? C’est radical. On quitte tout.

— On n’a plus rien à quitter, Julien. On part.

Il lui saisit la main. Sa paume était brûlante. Pour la première fois depuis des mois, une lueur d’espoir ou de folie brillait dans ses yeux.

Ils ignoraient qu’ils ne signaient pas pour une nouvelle vie.

Ils signaient leur arrêt de mort.

— 8 —

Ils signaient leur arrêt de mort…

La suite dans Le Levain.

11,98 €

Format broché · 248 pages · Thriller psychologique

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🔑 Ce que vous venez de lire

Le Levain est un thriller psychologique de 248 pages. Un couple parisien qui cherche la paix dans une maison en pierre au fond des bois découvre que la paix ne vient pas avec le silence.

Un roman oppressant qui explore l'isolement, les tensions intimes et ce qui gronde sous la surface. Dans l'esprit du rural gothic américain, mais ancré dans une France bien réelle. Pour les amateurs de thriller psychologique où le vrai monstre n'est pas forcément celui qu'on croit.

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248 pages · Thriller

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