En mars, je vous racontais ici que je « truandais » la typographie française, par ignorance et par flemme de vérifier. C’était vrai. Mais je n’avais pas tout dit : je suis dyslexique.
Je le dis aujourd’hui parce que cela explique une chose dont on parle beaucoup, et souvent à juste titre : la place de l’intelligence artificielle dans les livres. Je m’en sers. Pas pour écrire mes histoires, mais pour les corriger. Voici pourquoi, et comment.
Ce que la dyslexie change, concrètement
Inventer une histoire, je sais faire. Les idées, les personnages, le rythme d’une scène, tout cela me vient. Ce qui me coûte, c’est ce qui vient après : repérer une lettre inversée, un accord oublié, un mot qui manque. Je relis, et mon œil corrige tout seul ce qu’il croit voir. La faute reste sur la page ; moi, je ne la vois pas.
Puis il y a la typographie française, avec ses règles invisibles quand tout va bien et qui sautent aux yeux quand elles manquent : l’espace insécable avant les deux-points, le point-virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation, les guillemets « à la française », le tiret cadratin des dialogues. Pour moi, c’est un vrai mur.
Le correcteur de Word aide, mais il a ses limites. Il laisse passer des accords, ne distingue pas une espace ordinaire d’une espace insécable, et propose parfois des corrections fausses avec beaucoup d’assurance.
Sans éditeur, personne ne relit derrière moi
Dans une maison d’édition, un manuscrit passe entre plusieurs mains : l’éditeur, le correcteur, parfois un typographe. C’est leur métier de traquer ce que l’auteur ne voit plus.
En auto-édition, il n’y a que moi. Alors oui, je me sers d’une intelligence artificielle pour la correction, au moins en partie. Elle repère ce qui m’échappe : les fautes, les accords, les espaces insécables, la ponctuation des dialogues.
« L’IA corrige. Elle ne raconte pas. »
Ce que l’IA fait, et ce qu’elle ne fait pas
Les histoires, les personnages et les phrases sont les miens. Lyra, Lila, Fanny ou Dotty existaient dans ma tête, et souvent dans mes tiroirs, bien avant que je me serve de ces outils. L’IA tient le rôle d’un correcteur : rendre le texte propre, sans en changer la voix.
Elle n’est pas infaillible pour autant. Il lui arrive de se tromper, ou de proposer un mot qui n’est pas le mien. Le dernier mot, au sens propre, c’est moi qui l’ai.
Une question de respect du lecteur, surtout des plus jeunes
Quelqu’un qui achète un livre a droit à un texte propre. Une faute arrête l’œil, casse la phrase et fait sortir de l’histoire. C’est un manque de respect, même involontaire.
Pour mes livres jeunesse, c’est encore plus important. Un enfant de huit ans qui lit Les Aventures magiques de Dotty ou Les 4 Aventuriers de la Planète Arc-en-ciel apprend aussi l’orthographe en lisant. Je ne veux pas qu’il apprenne une faute à cause de moi. Je fais tout pour qu’il n’en trouve pas.
Pourquoi j’en parle
On lit beaucoup de choses sur l’IA et les livres, et certaines inquiétudes sont fondées. Je préfère dire clairement comment je travaille plutôt que de laisser planer le doute. En bas de ce site, il est écrit « Écrit par un humain ». C’est vrai. Ce qui est vrai aussi, c’est que je me fais aider pour corriger, comme tout auteur publié par une maison d’édition.
Et si vous êtes dyslexique, ou si vous connaissez un enfant qui l’est, et que l’envie d’écrire est là : la dyslexie n’empêche pas de raconter des histoires. Elle oblige seulement à se faire aider pour la suite. Les outils existent ; servez-vous-en, sans honte.
Une coquille dans un de mes livres ? Écrivez-moi à joubertmathieux@gmail.com en indiquant le livre et la page. Je la corrigerai : c’est l’un des avantages de l’auto-édition, un livre peut continuer à être soigné après sa sortie.
