Il y a un livre qui n'existe plus. Il s'appelait La Lune Pourpre. Je l'ai publié. Il a eu ses premiers lecteurs. Puis je l'ai dépublié — et remplacé.
Ce n'était pas un abandon facile. C'était une décision mûrement réfléchie, prise après avoir compris que le livre n'était pas encore ce qu'il devait être. Ce qui en est sorti, après avoir tout repris depuis la trame de fond, c'est Constellation d'Antlia.
Le mur des illustrations
Dans La Lune Pourpre, j'avais fait quelque chose d'ambitieux : des illustrations pratiquement à chaque page. Des images pour accompagner le texte, pour donner à voir le XVIIIe siècle, les forêts, les personnages. C'était vivant, généreux — et c'était une erreur économique que je n'avais pas anticipée.
Le print-on-demand d'Amazon KDP fonctionne à la perfection pour les textes. Mais chaque page illustrée alourdit le coût d'impression, et ce coût se répercute directement sur le prix de vente. Un livre illustré page après page devient rapidement invendable — trop cher pour le lecteur, intenable pour l'auteur.
« Quand on enlève les ornements, on voit la structure. Et parfois, la structure demande à être repensée. »
Dépublier, reprendre, remplacer
Premier état
La Lune Pourpre publiée — illustrations quasi à chaque page, trame en place, premiers lecteurs.
Le constat
Coût d'impression trop élevé. Intrigue à approfondir. Décision de tout reprendre.
La réécriture
Suppression des illustrations. Approfondissement des personnages — Lila, son père, son oncle, sa vie dans le bourg.
Aujourd'hui
Constellation d'Antlia remplace La Lune Pourpre. Un seul livre existe. C'est le bon.
Lila — une louve-garou qui protège
Qui est Lila ?
XVIIIe siècle. Un bourg de province. Lila est une louve-garou — mais elle ne mange pas les habitants, ne les tue pas. Elle est leur protectrice silencieuse, gardienne d'un territoire qu'elle ne quittera jamais. Un être à la lisière de deux mondes, qui choisit chaque nuit le camp de ceux qu'elle aime.
Ce choix narratif change tout. Dans les histoires classiques, la créature est une menace. Ici, la menace vient d'ailleurs — et Lila est celle qui se dresse entre le bourg et le danger. Héroïne solitaire, portant un secret que personne ne peut partager, assumant une mission que personne ne lui a demandée.
Son père, son oncle, sa vie dans le bourg — des liens que j'ai développés et approfondis dans la réécriture. Lila ne protège pas des abstractions. Elle protège des gens qu'elle connaît, qu'elle aime, qui ne savent pas ce qu'elle est vraiment.
Ce que ce livre m'a appris
Un livre n'est pas un objet sacré. C'est un travail en cours. Dépublier La Lune Pourpre pour donner naissance à Constellation d'Antlia n'était pas un recul — c'était la seule façon d'aller là où l'histoire voulait vraiment aller. La contrainte économique du print-on-demand m'a forcé à trouver dans les mots ce que j'avais cherché dans les images. Et les mots, cette fois, ont suffi.
